En organisant, en 1925, l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, Grenoble se présente comme la capitale mondiale de l’hydroélectricité. Un événement qui sera commémoré tout au long de cette année.
Grâce à la houille blanche, Grenoble connaît au début du XXe siècle un essor industriel sans précédent. L’émergence des filières issues de la production et de l’utilisation de l’électricité − électrochimie, électrométallurgie, fabrication de conduites forcées et de turbines – ainsi que le développement du tourisme dans les Alpes propulsent la cité gantière et militaire au rang de ville industrielle moderne.
En 1923, le député-maire de Grenoble, Paul Mistral, décide avec le soutien des élites locales d’organiser une foire internationale pour “afficher aux yeux de Paris” la nouvelle image de sa ville.
Une exposition prétexte à l’expansion de la ville
À la faveur de la manifestation, ce visionnaire entend s’approprier des terrains militaires, le polygone du Génie, pour répondre aux besoins d’une ville en pleine croissance démographique. Sourd à l’opposition de l’armée, dont il déclare devant la chambre des députés qu’elle possède “la douceur, l’entêtement et la stérilité du mulet”, Paul Mistral pose la première pierre de « son » exposition le 24 août 1924.
En quelques mois, une vingtaine de pavillons sortent de terre, dont le prestigieux palais de la Houille blanche, un bâtiment en béton armé consacré aux équipements hydrauliques, conduites forcées, turbines, transformateurs… Face à lui se dressent le grand palais du Tourisme, le palais des Colonies, le pavillon des Arts affecté aux peintres de montagne ou encore le village africain et des souks, dans lesquels officient charmeurs de serpents et diseuses de bonne aventure.
À l’entrée de l’exposition, la tour Perret en ciment armé, “sans concession à l’esthétique officielle”, culmine à 95 mètres et attise toutes les curiosités. La nuit, elle brille de mille feux.

Cinq mois de festivités
Le 21 mai 1925, Paul Mistral inaugure l’exposition, donnant le coup d’envoi de cinq mois de festivités : réceptions, prises d’armes, conférences, concerts et attractions en tous genres se succèdent chaque jour de 9 h 30 à 23 heures.
Quand le rideau tombe, le 25 octobre, Paul Mistral a remporté son pari. Plus d’un million de personnes ont visité la ville, légitimant sa nouvelle dimension. Les bâtiments sont démontés, exception faite du pavillon de la Houille blanche, qui sera détruit en 1966, et de la tour Perret. Ils cèdent la place à un vaste parc qui prendra le nom de Paul-Mistral en 1932 et occupera une position stratégique dans l’extension de la ville et l’urbanisation des Grands Boulevards.
La « fée électricité » est sublimée à Grenoble
Si la confiance dans le progrès technique sera ébranlée par la crise économique de 1929 puis la Seconde Guerre mondiale, la « fée électricité », encore balbutiante au début du siècle et sublimée à Grenoble en 1925, commence néanmoins son inexorable ascension.
Cent ans plus tard, l’association Hydro21, qui regroupe les acteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes en hydroélectricité, s’apprête à célébrer le centenaire de cette exposition.
Au-delà de la commémoration, les organisateurs entendent démontrer tout le potentiel de cette énergie encore promise à un bel avenir.
Un programme éclectique
Spectacles, expositions, conférences et colloques, visites guidées de sites… À l’occasion du centenaire, Hydro 21 déploie tout au long de l’année, en partenariat avec Grenoble-Alpes Métropole, le Département et les communautés de communes Le Grésivaudan et de l’Oisans, une cinquantaine d'évènements professionnels, scolaires et grand public.
Avec la volonté de valoriser le patrimoine industriel hydraulique, mais aussi le rôle clé que jouera cette énergie renouvelable, décarbonée et bon marché dans le mix énergétique d’ici à 2050”, explique Roland Vidil, président de l’association.

À (re)découvrir aussi
la Maison Bergès, à Villard-Bonnot, qui retrace notamment l’avènement de l’hydroélectricité - Gratuit
L’exposition en quelques chiffres

- Cinq mois de festivités du 21 mai au 25 octobre 1925.
- 50 journées de visites officielles.
- 10 000 exposants.
- 1 050 000 visiteurs originaires du monde entier dont 40 000 pour la seule journée du 19 juillet 1925. Pour mémoire Grenoble comptait à cette époque 80 000 habitants.
- 400 poteaux, 40 kilomètres de câble et 40 000 ampoules électriques installés pour fournir l’éclairage.
L’épopée de la houille blanche

L'expression « houille blanche » inventé par Aristide Bergès lors de l'Exposition universelle de Paris en 1889, définit la force hydraulique du courant de l'eau transformée en énergie électrique.
« De la houille blanche, dans tout cela, il n’y en a pas : ce n’est évidemment qu’une métaphore. J’ai employé ce mot pour signaler que les glaciers des montagnes peuvent, étant exploités en forces motrices, être pour leur région et pour l’Etat des richesses aussi précieuses que la houille des profondeurs. »
Cette déclaration résume bien les espoirs placés dans l’énergie électrique comme levier du progrès à l’aube du XXe siècle.
L’idée n’est pourtant pas nouvelle. L’utilisation de l’eau comme force motrice est attestée dès l’Antiquité. Dans les Alpes, l’exploitation des ruisseaux et des torrents est ancienne. En 1835, l’invention par Benoît Fourneyron d’une turbine de haute chute, qui transforme l’énergie cinétique du courant d’eau en énergie mécanique, ouvre la voie à la révolution de l’électricité. Aristide Bergès, le premier, utilise la force hydraulique pour produire de l’électricité en 1869 afin d’alimenter sa papeterie à Lancey.
Entre le milieu du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, les eaux Alpes sont progressivement canalisées pour alimenter des usines construites en fond de vallée. Dans la seule vallée de la Romanche, six centrales hydroélectriques sortent de terre entre 1896 et 1918, dont celle des Vernes construite en 1918 pour les établissements Keller et Leleux.
La Première Guerre mondiale confirme la place déterminante de la houille blanche dans le développement de Grenoble et des Alpes. L’électrométallurgie et l’électrochimie, issues de cette énergie, contribuent à l’effort de guerre en produisant des obus.
Dans les années 1920, la multiplication par huit de la production hydraulique conduit à une expansion rapide de l’électricité en France. En dépit de la crise économique de 1929, la conquête de la houille blanche et de l’hydroélectricité se poursuit avec notamment la mise en eau de grands barrages comme ceux du Chambon et du Saute en 1935, jusqu’à représenter la moitié de la production énergétique à la fin de la Seconde guerre mondiale. Aujourd’hui encore, les Alpes demeurent le premier territoire fournisseur d’électricité d’origine hydraulique en France.
Par: Marion Frison